Mia en transit

L’ai trouvé pourquoi

21 mars, 2007 · 3 commentaires

Bon. Me semblait. Suis toquée pour une raison.

Je viens de terminer un livre que j’ai adoré:”Atonement“, mon premier Ian McEwan.

Atonement veut dire quelque chose comme rédemption, le pardon d’une faute grave, d’une transgression. Quelle maîtrise de la plume, du langage intérieur et de ses mystérieux méandres. On se reconnaît. Faut lire, pour la description méticuleuse des côtés clair-obscurs des personnages. Tout n’est pas beau et gentil chez McEwan. Chez les moins bien, tout n’est pas laid et méchant, non plus. Et c’est ce qui est bien. Comme la vraie vie.

Je n’ai rien lu de sa période qu’on dit macabre. Je ne sais pas si ça m’interessera, mais aujourd’hui je suis gagnée. Le Washington Post aurait dit de lui:

“No one now writing fiction in the English language surpasses Ian McEwan.”

Bon c’est clair. Et ça battait bien d’autres choses comme recommandation. Alors nous avons débloqué un budget.

Figurez-vous en plus que cet homme dont aujourd’hui je veux tout lire a exprimé pas mal clairement le pourquoi du comment ça se fait que je suis si obnubilée par les histoires de château. Quelle prime! Je lui serai doublement reconnaissante.

À ses débuts à l’écriture, McEwan se savait entièrement différent de ses contemporains, qu’il appelle la “génération d’après-guerre” (la deuxième mondiale de guerre, celle que nous n’avons pas connue). Contrairement aux autres écrivains anglais, McEwan n’aurait eu à peu près aucune conscience des classes sociales, si bien que la description détaillée de leurs rapports ne pouvait constituer, contrairement à la majorité des auteurs publiés encore une fois, l’épine dorsale de ses écrits. Bingo me dis-je! Mais laissons-le parler.

“They (the postwar generation) showed me a world that seemed to be too tied to a form of social documentary. Too concerned with those things that the English novel has often done well — the nuances of class, the perils and attractions of social mobility, the furniture well-described. I think I was trying to make a strength out of my ignorance. I didn’t know that world. I was a very déclassé sort of young man. I’d been tucked away in a country boarding school where most of the boys were from a working-class background in central London(…)” Entrevue de McEwan au magazine Internet Salon.com. 31 mars 1998.

Les classes sociales sont apparentes en Grande-Bretagne. Les écarts ont survécu et encore aujourd’hui, imprègnent les rapports sociaux. À l’accent particulier, on “entend” l’origine, la “classe” et de là, l’avenir de la personne qui parle. Un accent local prononcé, un peu trop de l’est peut-être et hop: “Classé!”. Ne pourra prétendre aux plus hauts échelons.

Voilà toute la différence d’une société jeune comme le Québec et une autre “à poil gris” comme l’Angleterre. Ce père-patrie qui nous est passé au-dessus de la tête par conquête et qui nous a laissé les sets carrés et autres rigodons celtiques, un gôut prononcé pour la viande et les patates et le “pouding” au pain. Aucun titre de noblesse par contre, pas une goutte de sang bleu qui vaille. La mère-patrie non plus n’avait pas laissé grand chose. Qu’on dérape sur les vieux écus gagnés et les gallons, ça vous étonne ?

Je ne ferai pas l’apologie de notre société libre, sans classes apparentes, etc. etc. Ben quoi… ça nous impressionne nous, un château. Le dernier que j’avais vu, c’était celui des Lavigueur, sur l’île aux Pruches. Le château Frontenac aussi quand même, à Québec, celui-là. Et ma dernière duchesse?

Un légume en purée. Pas de farce.



Catégories : Histoire · Humains · Humeurs · Livres

3 réponses jusqu'à présent ↓

  • Anonymous // 22 mars, 2007 à 14:44 | Répondre

    Madame la Châtelaine,
    Merci pour ce conseil lecture, je le note et te ferais suivre mes commentaires après lecture. En ce moment, avec Lyne, on vient de lire tous les polars d’Hablan Coben. Très bon.
    La France fonctionne comme le UK pour les classes sociales. Lors de mon arrivé au Qc, j’ai aimé ce sentiment de ne pas être catégorisée par mon héritage social. En Amérique du Nord, si tu veux, tu peux (c’est simpliste mais tellement vrai). Cependant, je trouve tout de même qu’il y a une catégorisation de l’individu en fonction de sa communauté. En Europe, c’est social, en Amérique du Nord, c’est “sectoriel”. Est-ce mieux ou moins bien, tout dépend de quelle perspective tu regardes la Chose.

    C’est le printemps, il fait 14C et on attend même un orage cet après-midi !

    Gros bisous,

    la française

  • Mia à Westminster // 23 mars, 2007 à 17:47 | Répondre

    Chère française,

    Aurais-tu un titre d’Hablan Coben en particulier à me recommander? Et j’y pense, voudrais-tu écrire un petit quelque chose sur ce monsieur ? Si tu voulais bien, tu pourrais “sortir” de la section commentaire et prendre l’air un peu… je te citerais pour en faire profiter tous ceux qui viennent ici ? Si ça te le dit, évidemment.

    Qu’est ce que tu veux dire par “communauté” ? Genre la pub versus les financiers ou autre chose ? Par ailleurs, hé… le Québec est loin d’être parfait, les pieds pris dans ses lacets de bottine et les accomodements nécessaires!

    Mia

    P.S. Je regrette de répondre si tardivement. Lis mon blog d’aujourd’hui et tu comprendras…

  • Ghislaine BRAEME // 5 juin, 2007 à 10:34 | Répondre

    Bonjour chère Mia,

    Je suis une de ces Françaises qui se passionnent pour tout ce qui est en rapport avec la Grande Bretagne (culture, traditions séculaires, état d’esprit, nourriture, etc…) et c’est avec plaisir que je lis depuis quelques minutes ton blog.
    Pour commenter tes impressions sur la prose de Ian McEwan, notamment dans son chef d’oeuvre, Atonement (“Expiation” en frnaçais), j’avoue avoir découvert cet auteur par hasard il y a quelques années mais ce n’est que dernièrement que je me suis lancée dans le livre cité plus haut.
    J’ai adoré et la fin – bien que triste – rappel que les mots peuvent véhiculer n’importe quel message, faire et défaire une intrigue, aimer ou détester un personnage…
    A très bientôt.

    Ghislaine, la Parisienne

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