T’aimerais p’t-être mew un p’tit mews?
Vous souvenez que Mick Jagger demeurait du temps de Ringo au coin de Bryanston Mews East ? Savez-vous c’est quoi un mews ? Vous vous souvenez aussi que Ringo lui, avait un logement au demi-sous-sol du 34 ? Qu’est-ce que ça nous dit, ça là ?
Ce que ça dit c’est qu’à l’époque les deux superstars étaient définitivement en début de carrière. Au temps où, entre deux pints, ils devaient manger des beurrées de beurre de pinotte et du pâté chinois. Mettons.
Quessé ça un mews ?
Quand notre agente de relocalisation nous avait proposé en juin dernier à Ragazzo et à moi de visiter des mews, j’étais sûre que j’avais mal compris. C’est comme ça les premiers temps dans un autre pays. Tu penses que t’es complètement bouchée et acculturée. Tu dis: “Yes, hihi…” et t’attends d’avoir un peu plus de “contexte” pour t’exposer… Je vais m’organiser pour que ça ne vous arrive jamais.
Rien à voir avec Mam’selle Chose, la nourriture en boîte pour chats.
D’abord on dit « mews house »(1), c’est-à-dire bien simplement, un type d’habitation urbaine, typique à l’Angleterre, une maison en rangée quoi, à deux ou trois étages maximum et qui donne sur la ruelle, dans le dos et à l’ombre des grandes demeures établies, elles, sur les « vraies » rues.
Ça va comme suit: Sous les différents George de l’ère justement georgienne(2), les grandes familles bourgeoises habitaient les belles avenues et les squares dans de grandes demeures de 5 ou 6 étages, réunies l’une à l’autre par les deux côtés. Le tout était dessiné pour donner à l’ensemble d’un côté de rue l’allure de la façade d’un château. Il y a en a des mieux réussies que d’autres mais c’était là le but et on crémait de blanc certaines parties de l’immeuble de briques rouges ou brunes.
Chaque façade brise ainsi la monotonie en disposant soit de colonnes blanches à l’entrée, de bay windows ou d’avancés recouverts de stuc blanc au rez-de-chaussée, de sorte qu’au coup d’œil ça donne un ensemble cossu et homogène. Et l’architecte était content.

Un seul propriétaire occupait chacune de ces grandes maisons-terrasse (terraced houses) ou si on veut, maisons en rangées (row-houses ou townhouses) georgiennes. Aujourd’hui quelques rares familles, célébrités (Madonna, Hugh Grant, etc.) et les richissimes (et il y en a des masse à Londres)habitent les 5 ou 6 étages en entier. Ces demeures ont presque toutes été divisées en 3 ou 4 flats distincts : le basement flat ou demi-sous-sol, le raised ground floor flat ou rez-de-chaussée et au-dessus, 2 maisonnettes : first and second floor flat et le third and fourth floor flat, de 2 ou 3 étages chacune(3).
Où sont les mews ?
Les mews houses sont en fait les écuries, les garages si on veut, avec mansardes et greniers attenantes aux maisons bourgeoises. En des temps plus fastueux, il fallait bien des dépendances pour héberger les carosses, coches, chevaux nécessaires aux déplacements du propriétaire. Et puis, le majordome, la cuisinière, l’intendant, etc. le personnel quoi, on le met où ? Il fallait bien aussi le loger et pas trop près SVP… Le demi-sous-sol de la cossue demeure y était souvent employé de même que les écuries et autres bâtiments un tantinet plus rustiques, « en arrière » : Et voilà nos mews.
Aujourd’hui, l’habitant d’un flat se bat (et on se saigne paraît-il(4)) pour mettre la main sur un espace de stationnement fermé; un garage s’avère le luxe des luxes. Aujourd’hui les chevaux ont pris la clé des champs et les mews ont pratiquement tous été transformés en maisonnettes. Les Bentley, Mercedes et Austin Martin couchent dehors, point final.
Souvenir d’antan, tous les squares ont aujourd’hui leurs mews: Montagu Mews South, Grosvenor Mews, Bryanston Mews East et West itou, de même que certaines rues importantes.
Beaucoup de maisonnettes-mews sont vraiment charmantes, toutes blanches ou au contraire colorées en bleu, jaune, rouge, noir, avec des boîtes à fleurs aux fenêtres, des vignes grimpantes ou des topiaires de buis, de cèdre ou d’oranger en pots à la porte et un petit garage attenant bien souvent. Les londoniens ont le sens du buisson et du fleuri en pot ou grimpant (le lierre est anglais, non ?) et certains s’en donnent à cœur joie. En l’absence d’un jardin, on se fait la devanture luxuriante et une petite terrasse sur le toit.
En passant, ici on ne dit pas backyard, ça n’existe pas ! Il n’y a que dalle à tondre en avant, on est collé au trottoir, et la cour arrière est rare. Aussi insignifiante et en friche soit-elle, on dénomme son 8 x 20 garden s’il-vous-plaît. (Ne faut quand même pas mélanger les genres !) Seuls les heureux locataires ou propriétaires d’un raised ground floor ont parfois ce privilège: un garden privé.
La ruelle des mews est pavée de cobblestones (pensez au vieux Montréal) et ma foi, on y entre presque comme en campagne, manquent que les sabots. Un autre monde, un peu nain en comparaison de celui que dégagent les hautes georgiennes des artères, mais vraiment super joli.
Et à £1.3 jusqu’à 2.5 millions pour un 3 chambres… c’est VRAIMENT, mais là VRAIMENT très joli.
Les mews de Sa Majesté E II ?
L’une des rares à Londres à avoir conservé à ses mews leur fonction première est Sa Majesté Élizabeth II. C’est là qu’elle range son beau carosse doré qui sert aux noces et aux couronnements de même que les voitures qui servent à la promener elle, sa famille et leurs visiteurs de marque.
Une équipe hyper-compétente et costumée s’occupe que le tout rutile de tous ses feux et roule sans faire de tâche d’huile. Les chevaux sont comme à l’hôtel et reçoivent chacun leur entraînement personnalisé, il va sans dire.
La reine insiste pour que ce temoin d’une autre époque demeure à la page tout de même. On pense à y installer des postes d’ordinateur pour le bénéfice des employés de sorte qu’ils puissent naviguer sur Internet et pour qu’entre Buckingham et les mews on puisse s’envoyer et recevoir des courriels.
C’est pas fin de sa part à la reine ça ?
(1) Prononcer « miouz ».
(2)L’ère georgienne couvre la période de 1714 à 1837, sous les règnes successifs des George, de George I à George IV en incluant la période républicaine sous Nelson puis le court règne de Guillaume IV en finale.
(3) La plupart des flats sont loués par des compagnes de gestion qui représentent des magnats de l’immeuble, le plus souvent d’origine étrangère et anonymes pour le commun des mortels. Étant donné l’essor monumental du marché de l’immobilier à Londres, on voit aussi certains professionnels se risquer à devenir propriétaires pour louer ou qui s’improvisent développeur immobilier. C’est la vague du “buy to let” et les perspectives de profit sont excellentes. On parle par contre de s’exposer pour des millions de livres sterling… Et on dort pareil le soir j’imagine…
(4) Un petit garage exigü, à une place, à Knightsbridge, très posh quartier entre Mayfair et Kensington, où se trouve Harrods, s’est vendu par surenchère effrenée entre 2 richissimes égos hypertrophiés, la modique somme de £665,000 ($1.5 million à peu près ?). C’est complètement fou !





3 réponses jusqu'à présent ↓
Salette // 4 mai, 2007 à 2:34 |
WOW! Tu nous en apprends ces jours-ci, Mia!
J’ai habité un bon moment à Sydney, down under, il y a belle lurette,
peu familère avec l’accent oz je n’avais jamais cherché plus loin et classé l’affaire rapidement…
Moi qui croyais que mes amis britanique/voyageurs habitaient des “TOURISTS HOUSES” (ce qui faisait beaucoup de sens étant donné les circonstances) du red light…
alors qu’il s’agissait de “TERRACED HOUSES”! HAHAHA!
MiaWestminster // 4 mai, 2007 à 11:52 |
@Salette: HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH!!!! You’re kidding me ! J’en r’viens pas, c’est drôle au boutte. T’as dû passer ton temps à te penser au milieu d’une gang de weirdos alors que tes pauvres brits étaient juste du monde ben… ordinaires…
Barbara // 29 mars, 2008 à 15:59 |
ça m’amews beaucoup ce petit texte…