Suite et fin de la saga du 34 Montagu Square, London, U.K.
Bon, nous disions.
Fin du chapître IV
On peut dire que les 4 murs du demi-sous-sol du 34 Montagu Square ont été témoins de l’éclosion du phénomène qui allait créer l’hystérie des foules pour Jimi Hendrix. And the Wind Cries Mary, composé sur place on s’en souviendra, a été enregistré en 20 minutes top par The Jimi Hendrix Experience, mythique trio formé de deux blokes –Noel Redding et Mitch Mitchell– rapaillés autour de Hendrix par Chas Chandler. À ce succès s’ajoutent bientôt Purple Haze et Hey Joe, deux pièces piliers du mythe Hendrix, qui propulsent instantannément le The Experience au premier plan de la scène pop-rock d’Europe.
En 1966, les clubs ici s’arrachent le band et la tournée européenne de The Experience connaît un succès tel que l’américain Monterey Pop Festival veut Hendrix sur scène, aux USA. On connaît la suite. En immolant sa guitare sur scène, Jimi Hendrix conquiert l’Amérique à jamais et devient sa propre légende.

The Jimi Hendrix Experience at the
Marquee Club 90 Wardour Street, London Soho
Pour aller au bout de cette histoire, c’est lors de son retour à Londres que Jimi Hendrix se perdra, en 1970, à 27 ans, dans un épais brouillard de drogues, alcool, violence, tracas légaux et dépit. Officiellement résident de la suite 507-508 du Cumberland Place, hôtel situé à quelques pas de Montagu Square, à Marble Arch, on le retrouve inerte dans un appartement de Notting Hill, chez Monika Nanneman, girlfriend du moment.
Attribuée aux effets d’une overdose, les circonstances de sa mort demeurent nébuleuses et donnent encore aujourd’hui matière à toutes sortes de spéculations. On ne s’étendra pas sur le sujet. Il doit bien y avoir 100 sites qui rabâchent les mêmes détails, l’horaire, le dernier sandwich au thon et les savants calculs de Monika, celle qui l’a trouvé mal en point mais n’aurait pas cru bon d’appeler l’ambulance tout de suite… (Hé partez pas tout de suite !!)
Psst… S’il vous prenait l’envie de séjourner au Cumberland, sachez qu’un nuit dans une suite du type qu’habitait Jimi vous coûtera autour de £200 avant la VAT (17,5%). En 1970, on vous la louait avec joie pour £17.
Chapître V
Le régime qui suit au 34, après le retour de Hendrix aux États, est marqué par l’union d’un grand sec bien connu et de sa schtroumpette Yoko.
Avant de rencontrer la séduisante asiatique, enfin celle qui lui, le séduisait, ou plutôt celle qu’il avait voulu séduire… bref, avant Yoko, Lennon habitait Kenwood, un manoir de style Tudor avec Cynthia Powell, la mère de Julian (Jude). Le 34 se retrouve ici encore puisque lorsque la belle-mère de John, madame Powell, venait visiter sa fille, Ringo lui prêtait son flat, comme ça, plutôt que de la laisser s’installer à Kenwood. On peut dire qu’il y avait un sacré sentiment de camaraderie à ce moment-là chez les Beatles… :) Kenwood
En ce temps-là, John voyage dans tous les sens du terme et est très peu à Kenwood. Les médias commencent à murmurer au sujet d’une liaison entre le Beatle et une certaine artiste japonaise. Madame Powell quitte le 34 en criant ciseau pour aller retrouver sa fille au manoir.
Photo à g.: Julian Jude Lennon, Cynthia Powell, John Lennon
En 1968, John sort ses affaires de Kenwood et se met en ménage au 34 avec Yoko le temps de l’enregistrement du White Album des Beatles.
C’est alors que John et Yoko deviennent… John et Yoko. C’est aussi au 34 Montagu Square qu’ils terminent l’album expérimental Two Virgins et que sa couverture montrant les fameuses photos de nus des deux artistes est mise en scène.
On se doutera que la Met(1) est au parfum des activités particulières du numéro 34, pour cause de quelques visites commandées au cours du séjour de Hendrix. Les voisins –les voisins !!– trouvaient que la guitare de Hendrix était un peu trop électrique, sans compter les allées, venues et grands éclats pas forcément discrets à toute heure du jour et de la nuit.
À l’automne 1968, la Met débarque à l’aube, force l’entrée du logement et lance sa meute de chiens-renifleurs. Pas trop de problème dirons-nous à découvrir quelques grains de haschish dans les fleurs du tapis. L’illustre couple est arrêté pour possession et John plaide coupable pour éviter à Yoko, enceinte, le bruit médiatique et les tracas de parutions répétées en cour, etc. Yoko fait une fausse couche.
On sait que cet aveu de culpabilité coûtera à Lennon plusieurs années de démêlés avec les autorités américaines alors qu’il tente d’immigrer aux USA.
Ainsi s’achève la petite histoire du 34 Montagu Square, petit sous-sol que Ringo ne prêta plus à personne sur ordre du propriétaire, un flat parmi tant d’autres, anonyme et bien sage, depuis qu’il s’en départit en 1969.
THE END

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(1)Met: Diminutif donné à la police métropolitaine de Londres.
Photo Powell-Lennon: Melissa K. Carroll/lady-m@the-beatles.com