Mia en transit

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Paradis perdu

6 juin, 2007 · 4 commentaires

L’art fait réfléchir. Heureusement.

Auriez-vous déjà “visualisé” dans vos plus fous dérapages oniriques un Tony (Blair) et sa Cherie en Adam et Ève, humains déchus, nus au sortir du jardin de l’Eden ? Non, moi non plus. On aime plutôt jouer à Ken et Barbie avec les couples publics et je suis la première coupable de ne voir que le feu des médias, qu’il manipule très bien au demeurant, notre (leur) Tony Blair.

C’est pourtant bien cette vision du couple quasi aussi royal que la royauté elle-même qu’a eue l’artiste Michael Sandle. Une vision selon laquelle après avoir eu à portée de main toutes les possibilités, toutes les ressources, le futur ex-premier ministre et sa dame auront échoué au grand test de l’usage responsable du pouvoir. tony-cherie-in-sandles-triptych.jpg

Dépossédé, humilié et désormais “personna non grata“, le couple Blair est banni dans l’oeuvre de Michael Sandle, et apparait piteux sur le pas de la porte de la maison qu’il a occupée au cours des 10 dernières années. Tony et Cherie, couverts de honte et littéralement chassés de l’Eden a.k.a. du Number 10 (le 10 Downing Street, résidence officielle du premier ministre britannique).

Ce dessin réalisé au fusain occupera une place importante à l’intérieur de la très populaire exposition d’été de la Royal Academy of Arts qui débute lundi prochain. “There he was, elected by a huge majority, and he has allowed his vanity to destroy it all,” a dit Mr Sandle.

Sous forme de tryptique et représentant de chaque côté du couple la misère du peuple iraquien, l’artiste a voulu exprimer sa colère envers l’engagement de la Grande Bretagne en Iraq, l’ultime bévue, l’impardonnable décision de Blair et surtout, selon l’artiste de 71 ans, son impénitence, sa conviction profonde et obstinée d’avoir pris la bonne décision.

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Les mews de Sa Majesté

3 mai, 2007 · 3 commentaires

T’aimerais p’t-être mew un p’tit mews?

yorkmews.jpg

Vous souvenez que Mick Jagger demeurait du temps de Ringo au coin de Bryanston Mews East ? Savez-vous c’est quoi un mews ? Vous vous souvenez aussi que Ringo lui, avait un logement au demi-sous-sol du 34 ? Qu’est-ce que ça nous dit, ça là ?

Ce que ça dit c’est qu’à l’époque les deux superstars étaient définitivement en début de carrière.  Au temps où, entre deux pints, ils devaient manger des beurrées de beurre de pinotte et du pâté chinois. Mettons.

Quessé ça un mews ?

Quand notre agente de relocalisation nous avait proposé en juin dernier à Ragazzo et à moi de visiter des mews, j’étais sûre que j’avais mal compris. C’est comme ça les premiers temps dans un autre pays. Tu penses que t’es complètement bouchée et acculturée. Tu dis: “Yes, hihi…” et t’attends d’avoir un peu plus de “contexte” pour t’exposer… Je vais m’organiser pour que ça ne vous arrive jamais.

Rien à voir avec Mam’selle Chose, la nourriture en boîte pour chats. ;)

D’abord on dit « mews house »(1), c’est-à-dire bien simplement, un type d’habitation urbaine, typique à l’Angleterre, une maison en rangée quoi, à deux ou trois étages maximum et qui donne sur la ruelle, dans le dos et à l’ombre des grandes demeures établies, elles, sur les « vraies » rues.

Ça va comme suit: Sous les différents George de l’ère justement georgienne(2), les grandes familles bourgeoises habitaient les belles avenues et les squares dans de grandes demeures de 5 ou 6 étages, réunies l’une à l’autre par les deux côtés. Le tout était dessiné pour donner à l’ensemble d’un côté de rue l’allure de la façade d’un château. Il y a en a des mieux réussies que d’autres mais c’était là le but et on crémait de blanc certaines parties de l’immeuble de briques rouges ou brunes.

Chaque façade brise ainsi la monotonie en disposant soit de colonnes blanches à l’entrée, de bay windows ou d’avancés recouverts de stuc blanc au rez-de-chaussée, de sorte qu’au coup d’œil ça donne un ensemble cossu et homogène. Et l’architecte était content.

montagu-square-est.jpg

Un seul propriétaire occupait chacune de ces grandes maisons-terrasse (terraced houses) ou si on veut, maisons en rangées (row-houses ou townhouses) georgiennes. Aujourd’hui quelques rares familles, célébrités (Madonna, Hugh Grant, etc.) et les richissimes (et il y en a des masse à Londres) (more…)

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Montagu Square forever (2)

2 mai, 2007 · 3 commentaires

montaguplace-jimi.jpgSuite et fin de la saga du 34 Montagu Square, London, U.K.

Bon, nous disions.

Fin du chapître IV

On peut dire que les 4 murs du demi-sous-sol du 34 Montagu Square ont été témoins de l’éclosion du phénomène qui allait créer l’hystérie des foules pour Jimi Hendrix.  And the Wind Cries Mary, composé sur place on s’en souviendra, a été enregistré en 20 minutes top par The Jimi Hendrix Experience, mythique trio formé de deux blokes –Noel Redding et Mitch Mitchell– rapaillés autour de Hendrix par Chas Chandler.  À ce succès s’ajoutent bientôt Purple Haze et Hey Joe, deux pièces piliers du mythe Hendrix, qui propulsent instantannément le The Experience au premier plan de la scène pop-rock d’Europe.

En 1966, les clubs ici s’arrachent le band et la tournée européenne de The Experience connaît un succès tel que l’américain Monterey Pop Festival veut Hendrix sur scène, aux USA. On connaît la suite. En immolant sa guitare sur scène, Jimi Hendrix conquiert l’Amérique à jamais et devient sa propre légende.

p-jimi-hendrix-2.jpg

The Jimi Hendrix Experience at the
Marquee Club 90 Wardour Street, London Soho

Pour aller au bout de cette histoire, c’est lors de son retour à Londres que Jimi Hendrix se perdra, en 1970, à 27 ans, dans un épais brouillard de drogues, alcool, violence, tracas légaux et dépit. Officiellement résident de la suite 507-508 du Cumberland Place, hôtel situé à quelques pas de Montagu Square, à Marble Arch, on le retrouve inerte dans un appartement de Notting Hill, chez Monika Nanneman, girlfriend du moment.

Attribuée aux effets d’une overdose, les circonstances de sa mort demeurent nébuleuses et donnent encore aujourd’hui matière à toutes sortes de spéculations. On ne s’étendra pas sur le sujet. Il doit bien y avoir 100 sites qui rabâchent les mêmes détails, l’horaire, le dernier sandwich au thon et les savants calculs de Monika, celle qui l’a trouvé mal en point mais n’aurait pas cru bon d’appeler l’ambulance tout de suite… (Hé partez pas tout de suite !!)

Psst… S’il vous prenait l’envie de séjourner au Cumberland, sachez qu’un nuit dans une suite du type qu’habitait Jimi vous coûtera autour de £200 avant la VAT (17,5%). En 1970, on vous la louait avec joie pour £17.

Chapître V

kenwood.jpgLe régime qui suit au 34, après le retour de Hendrix aux États, est marqué par l’union d’un grand sec bien connu et de sa schtroumpette Yoko. 

Avant de rencontrer la séduisante asiatique, enfin celle qui lui, le séduisait, ou plutôt celle qu’il avait voulu séduire… bref, avant Yoko, Lennon habitait Kenwood, un manoir de style Tudor avec Cynthia Powell, la mère de Julian (Jude). Le 34 se retrouve ici encore puisque lorsque la belle-mère de John, madame Powell, venait visiter sa fille, Ringo lui prêtait son flat, comme ça, plutôt que de la laisser s’installer à Kenwood. On peut dire qu’il y avait un sacré sentiment de camaraderie à ce moment-là chez les Beatles… :)                                                                                                                                                            Kenwood

withjude.gifEn ce temps-là, John voyage dans tous les sens du terme et est très peu à Kenwood.  Les médias commencent à murmurer au sujet d’une liaison entre le Beatle et une certaine artiste japonaise.  Madame Powell quitte le 34 en criant ciseau pour aller retrouver sa fille au manoir.

Photo à g.: Julian Jude Lennon, Cynthia Powell, John Lennon

En 1968, John sort ses affaires de Kenwood et se met en ménage au 34 avec Yoko le temps de l’enregistrement du White Album des Beatles.

C’est alors que John et Yoko deviennent… John et Yoko. C’est aussi au 34 Montagu Square qu’ils terminent l’album expérimental Two Virgins et que sa couverture montrant les fameuses photos de nus des deux artistes est mise en scène.

lennon-bust.jpgOn se doutera que la Met(1) est au parfum des activités particulières du numéro 34, pour cause de quelques visites commandées au cours du séjour de Hendrix. Les voisins –les voisins !!– trouvaient que la guitare de Hendrix était un peu trop électrique, sans compter les allées, venues et grands éclats pas forcément discrets à toute heure du jour et de la nuit.

À l’automne 1968, la Met débarque à l’aube, force l’entrée du logement et  lance sa meute de chiens-renifleurs. Pas trop de problème dirons-nous à découvrir quelques grains de haschish dans les fleurs du tapis. L’illustre couple est arrêté pour possession et John plaide coupable pour éviter à Yoko, enceinte, le bruit médiatique et les tracas de parutions répétées en cour, etc. Yoko fait une fausse couche.

On sait que cet aveu de culpabilité coûtera à Lennon plusieurs années de démêlés avec les autorités américaines alors qu’il tente d’immigrer aux USA.


Ainsi s’achève la petite histoire du 34 Montagu Square, petit sous-sol que Ringo ne prêta plus à personne sur ordre du propriétaire, un flat parmi tant d’autres, anonyme et bien sage, depuis qu’il s’en départit en 1969.

 THE END

montagu-square2.jpg

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(1)Met: Diminutif donné à la police métropolitaine de Londres.

Photo Powell-Lennon: Melissa K. Carroll/lady-m@the-beatles.com

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